René Rémond,
de l'Académie française
La place et les missions de l'Eglise dans la France du XXIe siècle
(Résumé de la conférence donnée le 25 juin 2003 au Cercle du Vieux
Colombier)
Cette conférence s'appuie sur des recherches développées par M.Rémond
notamment dans trois ouvrages récents: Les grandes inventions du
christianisme (Bayard) , Le christianisme en accusation et Une
mémoire française (Desclée de Brouwer).
René Rémond rappelle en introduction que le terme d'"Eglise" désigne
aussi bien l'institution ecclésiastique que la communauté des fidèles. La
place de l'Eglise est donc à la fois une situation de fait et une capacité
d'influence sur la société civile, un rayonnement de l'institution à travers
ses fidèles.
Cela apparaît clairement dans les missions que se donne l'Eglise: de sa
mission principale, l'évangélisation, avec pour objectif la sainteté, à ses
missions "secondaires": sociale, culturelle (les monastères ont sauvé la
culture classique du déclin de l'Empire romain), et éducative. L'Eglise
participe au débat politique, par-delà les alternances électorales, puisque,
il y a vingt ans, elle fut associée, dès sa création, aux travaux du comité
national d'éthique.
Comment évaluer donc la place de l'Eglise catholique dans la société
française?
René Rémond remarque que les statistiques sont souvent privilégiées.
D'autant plus que le déclin statistique de la pratique religieuse semble
confirmé par le regroupement "administratif" des paroisses, de moins en
moins nombreuses. Pourtant, la définition de la pratique peut faire débat,
notamment si l'on prend comme référence la définition donnée par l'Eglise
elle-même à ses fidèles, la messe hebdomadaire étant une règle plus qu'une
définition objective de la pratique religieuse.
De même, le regroupement des paroisses répond certes à une crise des
vocations; mais il marque aussi l'abandon d'un modèle d'occupation du
territoire aujourd'hui dépassé. Ce quadrillage de l'espace pose aujourd'hui
problème à l'Etat, qui peine peut-être plus que l'Eglise pour adapter ses
structures.
Non, ce qui pose vraiment problème, selon M. Rémond, c'est le recul de
la catéchèse: en 1966, 86% des enfants allaient au catéchisme, soit à peu
près le même taux que celui des enfants scolarisés. Ce taux est aujourd'hui
tombé à 33%. C'est toute une culture chrétienne qui est ainsi mise à mal.
Paradoxalement, l'identification au catholicisme reste, statistiquement,
forte: deux tiers des Français s'identifient à la religion catholique. Mais,
chez les nouvelles générations, cette identification risque de reculer,
voire de perdre son contenu.
Les catholiques français vivent une situation sans précédent. Au cours
du XXe siècle, le nombre de Français juifs est passé de cent mille à six
cent mille, et celui de Français musulmans d'un chiffre négligeable à cinq
millions. Gérard Defoi (archevêque de Lille) résume cette situation en
disant que le marché a gagné le religieux, où chacun peut désormais se
servir à sa guise.
Dans ce contexte, qui pose des problèmes nouveaux à la société française
dans son ensemble, les chrétiens se doivent, selon M. Rémond, d'adapter leur
mission d'évangélisation, en rejetant tout moyen contraignant. Le concile de
Vatican II a réaffirmé cet impératif qui se trouve dans l'Evangile même si
l'Eglise a longtemps lutté contre la liberté de conscience. Il ne faut pas
croire que cette reconnaissance de la liberté de conscience par l'Eglise
soit la cause du recul statistique évoqué plus haut. Au contraire, il marque
une sorte de "retour aux sources", puisque les chrétiens de l'Empire romain
furent les premiers à revendiquer une telle liberté.
Les repentances de Jean-Paul II sont le résultat de ce retour aux
sources de l'Eglise, elles contribueront, nous le croyons tous, à maintenir
ouvertes les portes de l'espérance.
Merci à René Rémond d'avoir bien
voulu rendre visite au Vieux Colombier!