(à l'occasion de la
table ronde du 16 octobre "Jean Paul II : visionnaire politique ?")(Retour à la page d'accueil)
Cette biographie s'appuie
principalement sur les ouvrages de George Weigel, Jean Paul II, témoin
de l'espérance (Jean-Claude Lattès), et de Christine de Montclos,
Un pèlerin politique ? Les voyages de Jean Paul II (Bayard).
La première
encyclique de Jean-Paul II, en mars 1979, Redemptor hominis, s'inscrit dans la ligne de Mystici corporis Christi ("Le corps mystique du Christ et notre
union en lui avec le Christ", 1943) et de Lumen gentium ("Le Christ, lumière des nations", l'une
des constitutions du concile de Vatican II), qui affirment que l'Eglise des
fidèles est le corps mystique du Christ : l'Eglise a pour mission de défendre
la dignité de chaque homme, car chaque homme est uni au Christ ; cette union
ne peut être pleine que si chaque homme est pleinement libre. La liberté humaine
ne s'accommode d'aucune inféodation à une idéologie, quelle qu'elle soit.
Sur la lancée de Paul VI, mais de manière beaucoup plus "intensive", Jean Paul
II va voyager, pour connaître, défendre, et aussi mieux contrôler les Eglises
locales. Par ses voyages, surtout, il fait don de sa personne à ceux qu'il vient
rencontrer. Il retrouve ainsi le modèle de Paul, incessant voyageur, dont il
porte le nom. Ses voyages seront sans exception des succès auprès des populations
locales : ils sont l'occasion de véritables pèlerinages pour des foules toujours
nombreuses. Jean Paul II attachera une grande importance aux béatifications
et canonisations de saints locaux, procédant aux premières béatifications hors
de Rome. Au total, près de 100 voyages, et 80 canonisations, plus de 200 béatifications.
Prenant de front les problèmes pendants, il se rend pour son premier voyage
à Puebla, où se réunit en 1979 la conférence générale des évêques latino-américains.
Il y dénonce la théologie de la libération, née dans le Nordeste brésilien à
la suite de la conférence épiscopale de Medellin (1968), où le recours à la
Révolution pour le partage de la terre avait été évoqué. Jean Paul II condamne
nettement les prêtres marxistes, refusant de lever l'excommunication prononcée
à leur égard par Pie XII. Au fil du temps, cependant, l'intransigeance à l'égard
des théologies de la libération s'atténuera, tenant compte des différences du
marxisme sud-américain avec le marxisme européen, et tenant compte aussi de
la fin des dictatures militaires.
Ces premières années de pontificat vont droit aux questions de fond. Dès 1979,
Jean-Paul II initie la réhabilitation de Galilée. Il se rend, la même année,
à Constantinople, auprès du patriarche Dimitrios pour y lever l'excommunication
des chrétiens orthodoxes. Puis il attaque ouvertement, à la tribune des Nations
Unies, les Etats niant la liberté individuelle. Il se rend en 1980, pour son
premier voyage en Afrique, au Zaïre et au Niger, lançant de Ouagadougou un appel
à la solidarité internationale. La même année, il est en Irlande, pour y condamner
les guerres qui se réclament de la religion.
Enfin, et c'est le plus important pour lui dans le domaine politique, son action
déstabilise les régimes autoritaires d'Europe de l'est : des mouvements de contestation
éclatent en Pologne dès 1980, et l'élection de Jean Paul II en serait une cause
directe. On n'ose lui refuser plusieurs visites à son peuple. Les autorités
du monde communiste prennent la mesure du danger, puisqu'elles seraient à l'origine
de la tentative d'assassinat le 13 mai 1981, par un terroriste turc échappé
de prison. Quelques années plus tard, lors d'un nouveau voyage en Pologne, il
se rend sur la tombe du père Popieluzko, assassiné en 1983. La Pologne sera
le premier pays de l'Est à constituer un gouvernement non communiste… quelques
mois après la visite du pape en 1988.
A partir de l'encyclique Sollicitudo rei socialis ("L'intérêt de l'Eglise pour la question
sociale", 1987), le pape met de plus en plus l'accent sur la solidarité entre
pays riches et pays pauvres. La même année, aux Etats-Unis, il appelle à la
réalisation d'un "ordre mondial susceptible de créer les conditions économiques
et commerciales nécessaires pour de plus justes relations entre tous les Etats
du monde". Il condamnera sans ambages la mauvaise utilisation de la liberté,
lorsqu'elle conduit à l'hédonisme et à l'égoïsme.
Célébrant, le 12 octobre 1992, le cinq centième anniversaire de la découverte
de l'Amérique, il instaure une réunion des évêques d'Amérique du Nord et du
Sud, qui a lieu pour la première fois en 1997. En 1993, en Lituanie où l'Union
soviétique l'avait toujours empêché d'aller, il en appelle à l'Union européenne
pour lancer un plan Marshall de l'Europe de l'est, qui sera effectivement réalisé,
aboutissant à la réunification de l'Europe que nous voyons en ce moment.
Mais le développement économique ne devra pas conduire à l'effacement de l'identité
locale, ni au matérialisme. Jean Paul II n'hésite pas à exhorter les habitants
des pays pauvres eux-mêmes. Les populations africaines approuvant le pape dans
ses positions sur l'avortement et la contraception, à la différence des populations
occidentales, Jean Paul II, en 1992, lors de son voyage en Gambie, affirme que
les pays pauvres doivent être "les principaux artisans de leur propre progrès",
ce qui implique de résoudre au plus vite les problèmes démographiques, de lutter
contre les fléaux, et de mettre fin aux régimes corrompus.
L'encyclique Centesimo anno, pour le centième anniversaire de la première encyclique
sociale, Rerum novarum, première encyclique sociale (1891), dresse l'espoir
d'une coopération de l'Eglise et de l'Etat dans la construction du bien commun.
Jean Paul II ne demande pas que chaque nation ait droit à un Etat, mais il souhaite
qu'aucun Etat n'opprime aucune nation, notamment dans sa culture. A cet égard,
la démocratie est porteuse d'espoir car elle vise à garantir la liberté humaine.
L'Eglise ne doit pas s'immiscer dans la vie constitutionnelle des Etats : ainsi
les prêtres ne doivent pas faire de politique (condamnation des prêtres sandinistes
du Nicaragua, et aussi de certaines aspirations polonaises). Mais l'Eglise doit
être active dans l'éducation et l'action sociale. Elle doit aussi obtenir des
Etats qu'ils garantissent la dignité de l'homme, dans tous ses aspects.